Ils pilotent des quads en se passant de leurs yeux

Au Louroux, un circuit de quad pour malvoyants et non-voyants est né. Le public le découvrira samedi. Un médaillé aux jeux Paralympiques sera là…

Imaginez-vous aux commandes d’un quad lancé à une certaine vitesse. Imaginez désormais que vous n’y voyez rien.

A priori, être non-voyant (ou malvoyant) semble incompatible avec la pratique indépendante d’un sport mécanique. A priori seulement. Au Louroux, ils sont une dizaine, réunis au sein de l’association « Accessi Méca Sports », à avoir relevé le défi. Résultat : Martin Baron, atteint de cécité, pilote parfois à 80 km/heure. Et sa performance n’a aucun lien avec le fait que ce jeune Tourangeau vient de décrocher une médaille d’argent aux jeux Paralympiques de Londres en Cécifoot, football joué par des non-voyants (lire la NR du 30 août).
Peu à peu, un véritable circuit adapté a vu le jour sur un terrain appartenant à la famille Baron, à quelques mètres de l’aérodrome du Louroux. Les pilotes sont seuls au guidon de leur quad. Au sol des barres indiquent à ceux qui sont aveugles, au moment où ils les franchissent, qu’il leur faut freiner ou bien tourner. Un système sonore leur permet de savoir où ils se trouvent sur la piste. Même si ce type de circuit est quasiment unique en France, les membres d’« Accessi Méca Sports » ne souhaitent pas trop entrer dans les détails de ce dispositif auditif pour ne pas se faire voler l’idée. « Nous sommes en train de développer une technologie qui permettra réellement aux non-voyants de conduire en totale autonomie », complète Romain Richard, membre d’« Accessi Méca Sports », lui-même malvoyant.

Contrastes

Pour les malvoyants, des jalons ronds et peints en blanc balisent la piste (flexibles au cas où les non-voyants rouleraient dessus). Certaines barres fixées au sol sont hachurées en rouge et blanc, pour signaler les endroits où il est nécessaire de freiner. « Pour nous, plus il y a de contrastes, mieux c’est », poursuit Romain Richard. Jusqu’à la piste, qui est davantage tondue que les abords. « Cette année, nous nous sommes concentrés sur l’accessibilité aux non-voyants. L’an prochain, on accentuera nos efforts envers les malvoyants. » L’association aimerait notamment travailler avec un ophtalmologiste.
Samedi, le circuit ouvre ses portes au grand public (lire ci-dessous). Chacun pourra notamment tester le quad, muni de lunettes simulant les divers troubles de la vue qui se cachent sous le mot de « malvoyant ». Une expérience impressionnante. Dernier « détail » : le médaillé d’argent aux Jeux de Londres, Martin Baron, sera là…

la phrase

 » Décider de sa trajectoire, peaufiner son point de freinage, ressentir les sensations de pilotage, et tout ceci de manière autonome, voilà notre défi.  »

« Les personnes ne sont pas téléguidées ! Elles sont vraiment autonomes », explique Romain Richard, membre d’« Accessi Méca Sports » (lire ci-contre). Cette association, créée il y a très exactement un an, rassemble neuf personnes, réunies par la passion des sports mécaniques. Leur but : rendre accessible la pratique de ces sports à ceux qui sont partiellement ou complètement privés de la vue.

Pierre Calmeilles

Source:
La Nouvelle République du 9 septembre 2012

  • Facebook
  • Twitter
  • YouTube